Diléviathan
La réalité dépasse la fiction: Raphaël Glucksmann destabilisé par des services russes ?

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La réalité dépasse la fiction: Raphaël Glucksmann destabilisé par des services russes ?

5 août 2026·deepfakedesinformationtechnopolitiquedileviathan
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Le 4 août 2026, Raphaël Glucksmann a publié sur X un long message : il a été la cible d'une opération de déstabilisation attribuée aux « services russes ». Un faux média reprenant les codes exacts de Blast, une adresse presque identique, des voix reproduites par intelligence artificielle, une vidéo entièrement truquée impliquant Léa Salamé et Edwy Plenel. L'eurodéputé, candidat potentiel à la présidentielle de 2027, dit avoir été alerté par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, qui chapeaute VIGINUM, le service de vigilance contre les ingérences numériques étrangères. Son verdict tient en quatre mots : « Ce n'est qu'un début. La campagne de 2027 sera marquée par des ingérences massives. »

Post X de Raphaël Glucksmann du 4 août 2026

Si vous avez lu le chapitre 1 de Diléviathan, cette séquence vous dit quelque chose.

Dans le roman, Gabriel Moreau, candidat surprise à la présidentielle, découvre sur son fil X une vidéo de lui, tournée trente minutes plus tôt au marché. Quelqu'un l'a filmée, montée, publiée. Il la lance : « Son visage, ses gestes, sa voix. Les mots étaient différents : pas beaucoup, juste assez. » Il publie un démenti : « Je n'ai jamais dit ça. La vidéo est modifiée. Voici le discours original. » Trop tard. Il parcourt les commentaires : « Des gens qu'il ne connaissait pas, qui ne l'avaient jamais rencontré, qui le haïssaient maintenant pour des mots qu'il n'avait jamais prononcés. »

Le roman a été écrit avant l'affaire Glucksmann. La réalité vient de rattraper la fiction, et la comparaison enseigne trois choses.

Première leçon : le deepfake n'a pas besoin d'être parfait, il a besoin d'être viral. « Pas beaucoup, juste assez » : la vidéo de Gabriel ne doit pas être impeccable, seulement plausible. Raphaël Glucksmann dit la même chose en politique : « Le but est de rendre viral un mensonge total pour salir des personnalités considérées comme hostiles par le régime russe, de créer un halo de suspicion pour aboutir au moins au fameux "il n'y a pas de fumée sans feu" quand bien même le feu est inventé de A à Z dans une officine à Saint-Pétersbourg. » La qualité technique importe moins que la vitesse de propagation.

Deuxième leçon : le démenti ne répare rien. Gabriel publie la vidéo originale, il prouve, il explique. Les commentaires continuent de monter. La colère ne répond pas aux faits, elle répond à l'image. C'est la mécanique du « halo de suspicion » décrite par Raphaël Glucksmann : une fois le doute semé, la preuve ne le dissipe pas, elle l'alimente.

Troisième leçon : la fiction va plus loin que le fait divers. Dans Diléviathan, le deepfake n'est pas un accident venu de l'étranger : c'est un rouage d'une architecture. Le roman décrit un système, VIVRE, le Diléviathan, qui capte, analyse et oriente les données, et dont la manipulation n'est qu'une fonction parmi d'autres. L'ingérence étrangère reste une opération ponctuelle, même massive. La fiction pose la question que le factuel évite : et si la manipulation n'était pas l'exception, mais la règle du système ?

Les garde-fous existent. VIGINUM, créé en 2021 et rattaché au Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, a détecté et caractérisé l'opération contre Raphaël Glucksmann, qui en a été informé avant la diffusion de la fausse vidéo. Le service fait ce qu'il peut avec les moyens qu'il a : une équipe réduite, des rapports publics, une coopération des plateformes encore à construire. La loi contre la manipulation de l'information complète le dispositif. La course reste inégale : fabriquer un faux média prend des heures, le caractériser officiellement prend des jours. Mais la détection existe, et elle a fonctionné.

« Ce n'est qu'un début », prévient Raphaël Glucksmann. Dans Diléviathan, le chapitre 1 n'est aussi que le début : la vidéo modifiée ouvre une escalade qui mène le candidat à la clandestinité. La frontière entre fiction et réalité s'amincit chaque jour un peu plus. C'est précisément pour cela qu'il faut lire la fiction : elle est le mode d'emploi des crises qui viennent.


Sources :
« Ce n'est qu'un début » : Raphaël Glucksmann dénonce une opération de déstabilisation des « services russes » contre lui — BFMTV
VIGINUM — Wikipédia
Raphaël Glucksmann — Wikipédia
Blast — Wikipédia
Diléviathan, chapitre 1 — Soixante-Douze

Publié le 5 août 2026 par Christophe Wiest